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Le poète contumace

 
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Gil Def
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MessagePosté le: Lun 3 Avr - 17:54 (2017)    Sujet du message: Le poète contumace Répondre en citant

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            Le poète contumace
            Auteur : Tristan Corbière
            Récitant : Bernard Meulien




            Sur la côte d’ARMOR. – Un ancien vieux couvent,
            Les vents se croyaient là dans un moulin-à-vent,
            Et les ânes de la contrée,
            Au lierre râpé, venaient râper leurs dents
            Contre un mur si troué que, pour entrer dedans,
            On n’aurait pu trouver l’entrée.

            – Seul – mais toujours debout avec un rare aplomb,
            Crénelé comme la mâchoire d’une vieille,
            Son toit à coups-de-poing sur le coin de l’oreille,
            Aux corneilles bayant, se tenait le donjon,

            Fier toujours d’avoir eu, dans le temps, sa légende…
            Ce n’était plus qu’un nid à gens de contrebande,
            Vagabonds de nuit, amoureux buissonniers,
            Chiens errants, vieux rats, fraudeurs et douaniers.

            – Aujourd’hui l’hôte était de la borgne tourelle,
            Un Poète sauvage, avec un plomb dans l’aile,
            Et tombé là parmi les antiques hiboux
            Qui l’estimaient d’en haut. – Il respectait leurs trous, –
            Lui, seul hibou payant, comme son bail le porte :
            Pour vingt-cinq écus l’an, dont : remettre une porte. –

            Pour les gens du pays, il ne les voyait pas :
            Seulement, en passant, eux regardaient d’en bas,
            Se montrant du nez sa fenêtre ;
            Le curé se doutait que c’était un lépreux ;
            Et le maire disait : – Moi, qu’est-ce que j’y peux,
            C’est plutôt un Anglais… un Être.

            Les femmes avaient su – sans doute par les buses –
            Qu’il vivait en concubinage avec des Muses !…
            Un hérétique enfin… Quelque Parisien
            De Paris ou d’ailleurs. – Hélas ! on n’en sait rien. –
            Il était invisible ; et, comme ses Donzelles
            Ne s’affichaient pas trop, on ne parla plus d’elles.

            – Lui, c’était simplement un long flâneur, sec, pâle ;
            Un ermite-amateur, chassé par la rafale…
            Il avait trop aimé les beaux pays malsains.
            Condamné des huissiers, comme des médecins,
            Il avait posé là, soûl et cherchant sa place
            Pour mourir seul ou pour vivre par contumace…

            Faisant, d’un à-peu-près d’artiste,
            Un philosophe d’à peu près,
            Râleur de soleil ou de frais,
            En dehors de l’humaine piste.

            Il lui restait encore un hamac, une vielle,
            Un barbet qui dormait sous le nom de Fidèle ;
            Non moins fidèle était, triste et doux comme lui,
            Un autre compagnon qui s’appelait l’Ennui.

            Se mourant en sommeil, il se vivait en rêve.
            Son rêve était le flot qui montait sur la grève,
            Le flot qui descendait ;
            Quelquefois, vaguement, il se prenait attendre…
            Attendre quoi… le flot monter – le flot descendre –
            Ou l’Absente… Qui sait ?

            Le sait-il bien lui-même ?… Au vent de sa guérite,
            A-t-il donc oublié comme les morts vont vite,
            Lui, ce viveur vécu, revenant égaré,
            Cherche-t-il son follet, à lui, mal enterré ?

            ...

            – Manque de savoir-vivre extrême – il survivait –
            Et – manque de savoir-mourir – il écrivait :

            ...

            Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre.
            Le soleil se levait. Il regarda sa lettre,
            Rit et la déchira… Les petits morceaux blancs,
            Dans la brume, semblaient un vol de goélands.


            - Les Amours jaunes -

_________________
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